Préambule
Les premiers projets de Mirage
Le Mirage-IV-M
Configuration générale
Structure et matériaux
Commandes de vol

Moteurs

Généalogie des ATAR
Equipements
Le record de vitesse
Du prototype à la série
Le Mirage IV B
Le Mirage-IV A
Les différentes versions
Les prototypes Mirage-IV A
Le S.N.B
Rappel de la mission
Les capteurs d'information
Les organes de recalage
Les organes de calcul
Essais en vol du Mirage-IV A de présérie
Contrat et production série
Le Mirage IV SPEY
Le vieillissement
La mission de reconnaissance
La fin du Mirage-IV A
Le Mirage-IV-P
Epilogue

LE MIRAGE IV SPEY

La Grande–Bretagne, devant remplacer ses vieux Canberras, lança le programme d’un avion d’assaut tactique : le TSR 2, y travailla six ans et dépensa dix millions de do11ars. Cet avion vola à deux reprises à Mach 2. C’était un avion sûr et manœuvrable à des vitesses incroyablement basses.

Le Premier ministre Wilson ordonna alors d’arrêter le projet et de ferrailler le prototype, les dix- sept avions de série encore sur les chaînes ainsi que les outillages servant à la construction. Le Gouvernement britannique prétendait alors que le F111 reviendrait meilleur marché, même en tenant compte des sommes énormes perdues pour le TSR 2. La General Dynamics allait même jusqu’à promettre une date de livraison plus précoce. Cependant, à partir de 1965, le F111 traversa une première période de malheurs et les dirigeants de la British Aircraft Corporation cherchèrent un avion capable de concurrencer 1e F111. Ils crurent l’avoir trouvé dans le MIRAGE-IV qui, équipé de deux réacteurs double flux Rolls-Royce Spey et avec une structure renforcée, aurait, sans doute, fait le même travail que le F111, pour un prix moindre.

Le ministre britannique de la Défense, qui s’était déjà engagé secrètement pour le F111, envoya une équipe de la R.A.F pour examiner à fond l’avion français équipé de réacteurs ATAR. En descendant d’un MIRAGE-IV, à Mont de Marsan, un pilote britannique déclara : « J’ai volé plus d’heures à Mach2 dans cet appareil que tout le commandement de la chasse britannique sur Lightning ».

Dans son rapport, longtemps resté classifié, l’équipe de la R.A.F affirmait : « En volant à haute altitude à Mach2 et également en supersonique au niveau de la mer, nous sommes convaincus des possibilités du MIRAGE IV. Il surpasse de loin tout avion en service dans la R.A.F, y compris le Lightning ».

Malgré le fait que quatre-vingts MIRAGE-IV Spey puissent être livrés en 1968 (à la moitié du prix des F111), les ministres de Wilson dépréciaient les qualités du MIRAGE-IV franco-britannique, malgré le démenti d’experts aéronautiques anglais. Le Pentagone s’inquiéta et dépêcha le principal vendeur d’armes du Département de la Défense à Londres. Celui–ci prévint les britanniques que s’ils abandonnaient le F111, ils perdraient un marché juteux de construction, dans des chantiers britanniques, de navires destinés à la marine américaine.

Bien que le gouvernement britannique eut depuis longtemps fait son choix, les ministres de Wilson continuèrent à faire valoir jusque fin 1965 qu’aucune décision officielle n’était encore prise. En décembre 1965, le secrétaire d’état à la Défense déclara : « Le MIRAGE-IV est un bombardier nucléaire à haute altitude. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un avion conventionnel de soutien à basse altitude ».

Dassault, la BAC et Rolls–Royce organisèrent à la Chambre des Communes une réunion où l’on compara MIRAGE-IV et F111. Des parlementaires et journalistes britanniques visitèrent l’usine Dassault de Mérignac pour y examiner, une fois de plus, le MIRAGE-IV. Cependant, les Français jugèrent insignifiants les renseignements que les britanniques leur demandèrent au sujet de leur avion. Dassault était persuadé, qu’avec les moteurs Spey, le MIRAGE-IV atteindrait Mach 2.5 en haute altitude, son rayon d’action égalerait celui du F111 en basse altitude mais augmenterait d’un tiers en mission Haut-Bas-Haut, soit plus de trois mille nautiques.

Rolls-Royce, qui depuis longtemps coopérait avec Dassault, lutta avec enthousiasme pour faire triompher le projet MIRAGE-IV Spey, mais les dés étaient déjà jetés. Dans un Livre Blanc paru en février 1966 sur la politique de défense de la Grande-Bretagne, le gouvernement annonça l’achat de cinquante F111. Les Français acceptèrent la nouvelle avec calme, il n’y eut aucune protestation de rage chez Dassault, mais le général de Gaulle prit fort mal la décision de Wilson et cela renforça un peu plus la détermination de la France de se retirer de l’OTAN.

De même que les britanniques, les australiens manifestèrent leur désir d’acquérir le MIRAGE-IV : ainsi le chef d’Etat-Major de l’armée de l’Air australienne, Sir Valson Hancock, lors de sa visite du salon du Bourget le 8 juin 1963, fit-il part du désir de son pays aux autorités françaises. Israël, par l’intermédiaire de son ministre de la Défense, s’est intéressé de près à notre bombardier. Malheureusement, ces projets n’ont pas abouti et le MIRAGE-IV fut ainsi le seul avion militaire Dassault à ne pas être exporté.