LE MIRAGE IV SPEYLa GrandeBretagne, devant remplacer ses vieux Canberras, lança le programme dun avion dassaut tactique : le TSR 2, y travailla six ans et dépensa dix millions de do11ars. Cet avion vola à deux reprises à Mach 2. Cétait un avion sûr et manuvrable à des vitesses incroyablement basses. Le Premier ministre Wilson ordonna alors darrêter le projet et de ferrailler le prototype, les dix- sept avions de série encore sur les chaînes ainsi que les outillages servant à la construction. Le Gouvernement britannique prétendait alors que le F111 reviendrait meilleur marché, même en tenant compte des sommes énormes perdues pour le TSR 2. La General Dynamics allait même jusquà promettre une date de livraison plus précoce. Cependant, à partir de 1965, le F111 traversa une première période de malheurs et les dirigeants de la British Aircraft Corporation cherchèrent un avion capable de concurrencer 1e F111. Ils crurent lavoir trouvé dans le MIRAGE-IV qui, équipé de deux réacteurs double flux Rolls-Royce Spey et avec une structure renforcée, aurait, sans doute, fait le même travail que le F111, pour un prix moindre. Le ministre britannique de la Défense, qui sétait déjà engagé secrètement pour le F111, envoya une équipe de la R.A.F pour examiner à fond lavion français équipé de réacteurs ATAR. En descendant dun MIRAGE-IV, à Mont de Marsan, un pilote britannique déclara : « Jai volé plus dheures à Mach2 dans cet appareil que tout le commandement de la chasse britannique sur Lightning ». Dans son rapport, longtemps resté classifié, léquipe de la R.A.F affirmait : « En volant à haute altitude à Mach2 et également en supersonique au niveau de la mer, nous sommes convaincus des possibilités du MIRAGE IV. Il surpasse de loin tout avion en service dans la R.A.F, y compris le Lightning ». Malgré le fait que quatre-vingts MIRAGE-IV Spey puissent être livrés en 1968 (à la moitié du prix des F111), les ministres de Wilson dépréciaient les qualités du MIRAGE-IV franco-britannique, malgré le démenti dexperts aéronautiques anglais. Le Pentagone sinquiéta et dépêcha le principal vendeur darmes du Département de la Défense à Londres. Celuici prévint les britanniques que sils abandonnaient le F111, ils perdraient un marché juteux de construction, dans des chantiers britanniques, de navires destinés à la marine américaine. Bien que le gouvernement britannique eut depuis longtemps fait son choix, les ministres de Wilson continuèrent à faire valoir jusque fin 1965 quaucune décision officielle nétait encore prise. En décembre 1965, le secrétaire détat à la Défense déclara : « Le MIRAGE-IV est un bombardier nucléaire à haute altitude. Ce dont nous avons besoin, cest dun avion conventionnel de soutien à basse altitude ». Dassault, la BAC et RollsRoyce organisèrent à la Chambre des Communes une réunion où lon compara MIRAGE-IV et F111. Des parlementaires et journalistes britanniques visitèrent lusine Dassault de Mérignac pour y examiner, une fois de plus, le MIRAGE-IV. Cependant, les Français jugèrent insignifiants les renseignements que les britanniques leur demandèrent au sujet de leur avion. Dassault était persuadé, quavec les moteurs Spey, le MIRAGE-IV atteindrait Mach 2.5 en haute altitude, son rayon daction égalerait celui du F111 en basse altitude mais augmenterait dun tiers en mission Haut-Bas-Haut, soit plus de trois mille nautiques. Rolls-Royce, qui depuis longtemps coopérait avec Dassault, lutta avec enthousiasme pour faire triompher le projet MIRAGE-IV Spey, mais les dés étaient déjà jetés. Dans un Livre Blanc paru en février 1966 sur la politique de défense de la Grande-Bretagne, le gouvernement annonça lachat de cinquante F111. Les Français acceptèrent la nouvelle avec calme, il ny eut aucune protestation de rage chez Dassault, mais le général de Gaulle prit fort mal la décision de Wilson et cela renforça un peu plus la détermination de la France de se retirer de lOTAN. De même que les britanniques, les australiens manifestèrent leur désir dacquérir le MIRAGE-IV : ainsi le chef dEtat-Major de larmée de lAir australienne, Sir Valson Hancock, lors de sa visite du salon du Bourget le 8 juin 1963, fit-il part du désir de son pays aux autorités françaises. Israël, par lintermédiaire de son ministre de la Défense, sest intéressé de près à notre bombardier. Malheureusement, ces projets nont pas abouti et le MIRAGE-IV fut ainsi le seul avion militaire Dassault à ne pas être exporté. |